J’aime l’idée d’une rencontre amoureuse. Découvrir quelqu’un, éprouver cette curiosité qui donne envie de prolonger un moment, sentir naître une complicité, rire ensemble…
En revanche, il existe quelque chose que je supporte très difficilement : le rituel du premier rendez-vous.
« Tu fais quoi dans la vie ? », « Tu habites où ? », « Ça fait longtemps que tu es célibataire ? » Et l’incontournable : « Qu’est-ce que tu attends d’une relation ? »
À ce stade, j’ai parfois l’impression de participer à un recrutement dont personne ne m’a communiqué la fiche de poste.
J’appelle cela le small talk amoureux. Mon cerveau d’autiste bugue…
On m’a appris les conventions sociales du premier rendez-vous. Je sais qu’il faut parler de son travail, de ses loisirs, de son passé sentimental, de ses attentes. Mais les connaître ne signifie pas que j’éprouve le moindre plaisir à les appliquer. Pourtant combien de fois m’est-il arrivé de rentrer d’un rendez-vous pour m’entendre répondre à : « Qu’est-ce qu’il fait dans la vie ? Dans quoi il travaille ? Il est célibataire ou divorcé ? Il a des enfants ? »
« Bah… je ne sais pas… »
Je suis très timide. Lorsqu’une conversation ressemble à un questionnaire, je me referme rapidement. Je réponds, je reste polie, mais je n’éprouve aucune complicité. Je ne suis pas venue remplir une fiche de compatibilité. Je suis venue rencontrer quelqu’un.
D’ailleurs, une autre version de ce rendez-vous consiste à me présenter l’intégralité d’une existence en deux heures. Il y a l’homme passionné par son travail qui m’en décrit l’organisation jusque dans ses moindres détails. Celui qui parle de son ex et à quel point elle était chiante et qu’il est tellement content que ce soit derrière lui maintenant. Et celui dont le meilleur ami semble avoir vécu tant d’aventures extraordinaires qu’il mériterait son propre rendez-vous.
Le conférencier et son public
Il m’est arrivé de quitter un rendez-vous en ayant très peu parlé. J’avais écouté, posé quelques questions par politesse et attendu la fin, tout en préparant mentalement le moment des adieux.
Et pourtant, ensuite, l’homme me disait : « J’ai adoré notre soirée ! On a super bien discuté ! »
« Ah bon ? »
La grande dame et le verre renversé
Mais moi aussi j’arrive à un premier rendez-vous avec de grandes ambitions. Avant de partir, je prends généralement une décision solennelle : cette fois, je serai une vraie dame.
Je choisis soigneusement ma tenue, je me coiffe, je me maquille. Je suis prête à être élégante, séduisante, parfaitement assurée. Et, surtout, cette fois, je ne serai pas maladroite.
Tout est prêt. Il ne reste plus qu’à compter sur ma coordination motrice.
Et c’est généralement là que les choses se compliquent. Je fais tomber mon sac, je renverse un verre ou je commets quelque maladresse dont j’ai le secret. Adieu, la grande dame mystérieuse.
Heureusement, lorsque mon interlocuteur se met à rire, je ris aussi. Et je lui avoue volontiers : « Tu sais, avant de venir, je m’étais promis que, cette fois, j’allais être une femme très élégante, très sûre d’elle et surtout que je n’allais rien faire tomber ! »
Cela le fait souvent rire encore davantage. Et c’est parfois à ce moment-là que le rendez-vous commence vraiment.
Quand la rencontre commence enfin
Le rire a cet effet particulier : il desserre ma timidité. Une plaisanterie inattendue, une remarque saugrenue, une idée qui demande de réfléchir et, soudain, je peux rebondir, inventer, m’amuser.
Je peux passer des heures à discuter avec quelqu’un lorsque la conversation nous entraîne ailleurs. Je n’ai pas besoin qu’il me raconte à quel point il est drôle. J’ai envie de découvrir que nous pouvons rire ensemble.
Bien sûr, il faudra parler de nos vies, de nos envies, de nos projets. Mais j’aimerais que ces informations apparaissent au fil de la rencontre, plutôt que d’être extraites méthodiquement comme lors d’un interrogatoire.
Je n’ai pas seulement envie de découvrir ce qu’il fait dans la vie. J’ai envie de découvrir ce qui se passe dans la vie lorsque nous sommes tous les deux.
Et vous, qu’en pensez-vous ?