J’ai passé un temps fou à chercher le titre de cet article.

Je ne voulais ni d’un titre mielleux ni d’une formule passe-partout. Je voulais quelque chose qui exprime ce que je ressens à l’égard de mon cerveau autistique.

« Je l’aime » ? Non. Déjà, le verbe aimer me pose un problème. Je ne sais jamais très bien ce qu’il veut dire. On aime son conjoint, ses enfants, les fraises, ses chaussures, le soleil… Enfin bref.

Le mot « kiffer » m’est venu spontanément. Je l’ai aussitôt écarté : il ne fait absolument pas partie de mon vocabulaire. J’ai cherché autre chose. Rien. Alors va pour « kiffer » !

Même si je ne sais pas très bien ce qu’il veut dire, il sonne bien à mon oreille. Il a quelque chose de joyeux, d’excessif, d’insolent.

Mon cerveau autistique me complique parfois terriblement l’existence. Mais il m’offre aussi des expériences auxquelles je ne renoncerais pour rien au monde.

Et pour une fois, j’ai envie de parler de tout ce que je kiffe chez lui.

L’hyperfocalisation

Je change de personnalité tous les huit mois.

C’est ce que je disais autrefois. Évidemment, je ne changeais pas de personnalité. Je changeais de passion.

Chez moi, une passion ne consiste pas à lire trois articles sur un sujet, regarder deux vidéos et passer à autre chose. Non. Il faut que j’en fasse quelque chose.

J’ai ainsi accumulé quelques qualifications au fil des années : professeure de yoga, coach professionnelle, maître praticienne en PNL, maître Reiki…

Tiens, maître Reiki ! J’avais complètement oublié.

Et il doit certainement y en avoir d’autres qui m’échappent.

Il suffit parfois de presque rien pour qu’un nouvel univers s’ouvre. Je plante deux rosiers et me voilà à envisager un stage d’horticulture. Deux rosiers ! À ce rythme-là, si je plante un pommier, je risque de finir ingénieure agronome.

Ce que j’aime, c’est que chaque passion devient une aventure. J’apprends, j’expérimente et je me laisse entraîner bien plus loin que je ne l’avais imaginé.

L’hyper-observation

Nous n’avons pas passé la même soirée.

Il m’arrive de raconter une soirée à des personnes qui étaient présentes et de me demander si nous étions vraiment au même endroit.

Pendant qu’elles discutaient, j’ai observé une multitude de petites scènes autour de nous : un geste, un vêtement improbable, une attitude étrange, quelque chose d’incongru à l’autre bout de la salle.

Et personne n’a rien vu !

C’est pareil dans la rue. Quand je suis accompagnée, c’est souvent : « T’as vu ça ? Et là, t’as vu ? Attends, regarde ! »

Quand je suis seule, je profite du spectacle.

J’aime cette impression de vivre dans un monde rempli de petites scènes parallèles. Je peux faire exactement la même promenade qu’une autre personne et en rapporter une histoire totalement différente.

Mon cerveau en constellation

Voilà une particularité de mon cerveau à laquelle je ne renoncerais sous aucun prétexte.

Je pars d’une idée. Elle en fait surgir une autre, puis une troisième, puis dix autres. Mon imagination s’emballe, je vois des liens, des prolongements, des possibilités auxquelles je n’avais pas pensé au départ.

Une idée n’est jamais seulement une idée. C’est aussi tout ce qu’elle pourrait devenir.

Cette manière de penser me sert partout : dans mon travail, dans mes projets, dans mes relations, dans ma façon de résoudre des problèmes ou d’imaginer de nouvelles choses.

Mais le bonheur absolu, c’est de rencontrer quelqu’un qui fonctionne de la même manière.

Alors là, c’est parti !

On commence à parler d’un sujet et, cinq ou six heures plus tard, on se retrouve à avoir inventé des choses, construit des univers, imaginé des projets auxquels aucun de nous n’aurait pensé seul.

Pendant ce temps, le quotidien a disparu. Les contrariétés, les soucis, les obligations : envolés.

Nous sommes partis tellement loin que notre vie ordinaire n’existe plus.

Et quand la conversation s’arrête, j’ai parfois l’impression de revenir d’un voyage.

L’intensité émotionnelle

Quand c’est bon, c’est vraiment bon !

L’intensité émotionnelle, parlons-en.

Quand elle m’emporte du mauvais côté, elle fait mal. Terriblement mal. Je connais suffisamment bien ce versant-là pour ne pas avoir envie de m’y attarder aujourd’hui.

Mais alors, les émotions positives !

Cette capacité à éprouver une joie immense, à être transportée par un enthousiasme, à ressentir un bonheur qui déborde de partout…

Bon sang, qu’est-ce que c’est bon !

Je n’ai pas envie de ressentir les choses à moitié. Quand quelque chose me réjouit profondément, j’ai envie d’en profiter pleinement.

Et même si cette intensité me joue parfois de sacrés tours, je ne voudrais pas perdre ce qu’elle m’offre de merveilleux.

Et si on me proposait un autre cerveau ?

Il y a des jours où mon cerveau et moi entretenons des relations franchement tumultueuses.

Il complique mes rapports avec les autres, me fait parfois souffrir bien au-delà de ce que je voudrais et transforme certaines situations ordinaires en véritables épreuves.

Mais si quelqu’un me proposait de l’échanger contre un cerveau non autistique ?

Non merci.

*Je le kiffe trop !*