C’est ce que je réponds lorsqu’on s’étonne de m’entendre dire un gentil connard à un collègue.

Oui, au travail. Et oui, je l’apprécie ce collègue ! Une vraie marque d’affection dans mon monde.

Une drôle de façon de dire « je t’aime bien »

Je peux lancer un « connard ! » à un collègue qui me taquine, sans la moindre agressivité. S’il me répond « connasse ! », je peux hurler de rire. Ce que j’aime, c’est le jeu qui s’installe entre nous, la répartie, la surprise et le rire partagé.

Il est arrivé qu’un collègue qui m’avait contrariée professionnellement me demande un jour :

— Pourquoi tu me dis plus connard ?

Et moi de lui répondre :

— Parce que tu m’as énervée !

Devant l’hilarité générale.

Une autre fois, je reçois le mail d’un collègue et ami qui ne pouvait donner suite à ma demande professionnelle. Ma réponse tenait en un seul mot : « Connard. » Ni bonjour, ni formule de politesse. Rien.

Quelques jours plus tard, ma directrice se trouvait derrière moi pendant que nous recherchions un message dans ma boîte professionnelle. Nous sommes tombées sur ce mail, panique générale dans ma tête, mais quelle ne fut pas ma surprise de l’entendre éclater de rire !

Comme quoi, le connard est fédérateur. Je n’étais donc pas si en dehors des clous que cela ? Si ?

Pourquoi surtout avec les hommes ?

Des femmes m’ont souvent fait remarquer que je ne pouvais pas traiter un collègue de connard.

« Mais enfin, ça ne se fait pas ! »

Pourquoi ? C’est marrant. J’aime bien moi et je ne veux pas arrêter. Ça me fait rire !!

En revanche, je n’emploie pas ce langage avec mes amies.

Dans mon expérience, lorsqu’un homme n’apprécie pas ma plaisanterie, il me le dit généralement franchement :

« Putain, t’exagères ! Arrête tes conneries ! »

Très bien. Je sais où se trouve la limite.

Avec certaines femmes que j’ai connues, les choses étaient moins explicites. Elles pouvaient se vexer sans me le dire, et je risquais de ne même pas m’en apercevoir.

Alors je préfère m’abstenir. J’ai besoin de cette franchise pour me sentir libre de plaisanter sans craindre de blesser quelqu’un à mon insu.

Je me souviens aussi d’une fois où j’avais tellement taquiné mon frère qu’il avait commencé à m’insulter… avant de s’arrêter au c… !

Nous n’avons pas du tout ce langage entre nous. J’ai trouvé hilarant de l’avoir poussé à bout.

Les autistes jurent-ils davantage ?

Une étude publiée en 2026 dans Frontiers in Psychiatry, menée par Landau et ses collègues, s’est intéressée à l’utilisation sociale du langage chez des personnes autistes et non autistes.

Lors d’une évaluation, les chercheurs ont relevé des jurons chez 23,8 % des femmes autistes, contre 7,4 % des femmes non autistes. Chez les hommes des groupes étudiés, les proportions étaient respectivement de 4,5 % et de 0 %.

Ces observations ne permettent pas de conclure que les personnes autistes jurent systématiquement davantage dans la vie quotidienne. Mais les chercheurs évoquent notamment la possibilité d’un usage des grossièretés pour créer une certaine familiarité, même dans des circonstances relativement formelles.

J’ai été amusée de découvrir que mon « connard » affectueux pouvait ainsi rejoindre un sujet de recherche sur la communication sociale !

Putain, je l’ai encore dit !

Il existe un autre gros mot qui occupe une place considérable dans ma vie élocutionnelle : putain.

Mon frère et ma sœur m’ont souvent fait remarquer que je le disais constamment. Ma sœur me demandait notamment d’éviter de le prononcer devant sa fille.

J’essayais, mais régulièrement, elle me reprenait :

— Tu viens encore de le dire !

— Ah bon ? Je l’ai encore dit ? Mais putain !

Je ne m’en rendais même plus compte.

J’en ai parlé à une amie originaire du Sud de la France.

— Il va vraiment falloir que j’arrête de dire ce mot ! Je pense que ça ne se fait pas n’est-ce pas ?

— Mais t’es folle ! Moi, je ne peux pas ne pas le dire ! C’est une ponctuation chez moi !

Elle avait parfaitement résumé la situation pour mon plus grand bonheur. J’aime sa version.

Au volant, je bats tous les records

Mais les gros mots ont aussi chez moi une fonction régulatrice d’émotions fortes.

Lorsque je conduis et qu’une situation me fait brutalement peur, je peux lâcher une série de jurons absolument épouvantables.

Je ne les reproduirai pas ici car je serais moi-même horrifiée de les entendre et penserais le plus grand mal de la personne qui les dirait !

Pourtant, ils me font énormément de bien. La peur provoque une décharge émotionnelle brutale, et j’ai véritablement le sentiment que ces gros mots m’aident à l’évacuer.

Inutile de les remplacer par « Oh là là, quelle frayeur ! ». Ça ne marche absolument pas. Il me faut de vrais, bons gros mots !

J’ai d’ailleurs trouvé cette expérience publiée en 2009 dans NeuroReport par Richard Stephens et ses collègues. Des participants devaient maintenir leur main dans de l’eau glacée en répétant soit un juron, soit un mot neutre. Ceux qui juraient toléraient la douleur plus longtemps et déclaraient en ressentir moins.

Une étude ultérieure a constaté que cet effet était moins marqué chez les personnes jurant très fréquemment au quotidien.

Ces expériences portaient sur la douleur, et non sur la peur au volant. Elles m’ont néanmoins intéressée parce qu’elles montrent que les jurons ne sont pas seulement des mots inconvenants : ils peuvent aussi avoir des effets sur notre expérience physique et émotionnelle.

Les bonnes manières et les gros mots

Je suis profondément attachée aux bonnes manières. J’aime l’élégance, la délicatesse, le raffinement du langage et les égards envers les autres.

Et pourtant, je prends un plaisir immense à certaines grossièretés.

Mais mes gros mots ne remplissent pas tous la même fonction. Il y a ceux qui ponctuent mes phrases presque à mon insu, ceux qui m’aident à évacuer une émotion trop intense et ceux qui deviennent un jeu de complicité.

Je fais attention aux premiers quand la situation l’exige. Je n’ai aucune envie de me priver des seconds.

Quant au « connard » affectueux…

Putain que je le garde celui-là !

Études citées

Landau et al. (2026). A multi-method phenotypic study of sex differences in pragmatic language in autism. Frontiers in Psychiatry. DOI : 10.3389/fpsyt.2026.1759436.

Stephens, R., Atkins, J. et Kingston, A. (2009). Swearing as a response to pain. NeuroReport, 20(12), 1056–1060. DOI : 10.1097/WNR.0b013e32832e64b1.

Stephens, R. et Umland, C. (2011). Swearing as a Response to Pain—Effect of Daily Swearing Frequency. The Journal of Pain. DOI : 10.1016/j.jpain.2011.09.004.